Un nouveau volet judiciaire s’ouvre après le mégafeu de Saumos. L’association Robin des Bois a déposé une plainte contre Enedis et contre X auprès du procureur de Bordeaux. Elle vise notamment les conséquences du sinistre sur les espèces et les habitats protégés. À ce stade, aucune responsabilité n’est établie : l’enquête doit encore préciser les circonstances exactes du départ des flammes.
Une plainte centrée sur les dégâts écologiques
Déposée mercredi 26 août, la plainte de Robin des Bois intervient plus d’un mois après le début de l’incendie. L’association met en avant une dimension parfois moins visible que les destructions de bâtiments ou les évacuations : l’atteinte durable portée aux milieux naturels. Son initiative vise Enedis, mais également toute personne dont la responsabilité pourrait être identifiée par les investigations. La procédure doit aussi aider à documenter les dommages, leur localisation et leur durée, alors que l’évaluation écologique complète du massif prendra probablement plusieurs années.
Plusieurs qualifications sont évoquées, dont la destruction d’espèces protégées et de leurs habitats. Le Code de l’environnement encadre précisément la protection de ces espèces, de leurs sites de reproduction et de leurs aires de repos. La plainte évoque aussi une possible destruction involontaire de bois, forêts et plantations par manquement à une obligation de prudence ou de sécurité.

Le chantier du 22 juillet au cœur du dossier
Le départ de feu a été signalé mercredi 22 juillet, vers midi, à proximité de la route de l’Esquirot à Saumos. Un prestataire mandaté par Enedis réalisait alors des travaux de débroussaillement sous une ligne électrique. L’utilisation d’une machine figure parmi les pistes examinées par les enquêteurs, sans que l’origine exacte du sinistre ait encore été définitivement arrêtée.
Robin des Bois estime que les moyens de prévention disponibles n’étaient pas proportionnés à une journée marquée par la chaleur, la sécheresse et un niveau élevé de danger. La Gironde venait d’être placée en vigilance rouge pour le risque de feu de forêt. Les règles applicables autorisaient cependant encore certains travaux avant les horaires d’interdiction. Les mesures renforcées par la préfecture de la Gironde ont été prises le lendemain du départ de l’incendie.

Des espèces protégées dans les zones brûlées
Avec plus de 42 000 hectares parcourus par le feu, le bilan environnemental dépasse largement la seule surface forestière perdue. Une partie du Parc naturel régional Médoc a été touchée. Des zones humides, des landes et des continuités écologiques essentielles à la faune ont aussi subi la progression des flammes et les fortes températures.
La plainte cite notamment le vison d’Europe, la loutre d’Europe et la fauvette pitchou, mais aussi des amphibiens, des reptiles et de nombreux insectes. Pour l’association, les animaux étaient déjà fragilisés par le manque d’eau et la canicule. Leur capacité à fuir aurait été particulièrement réduite, ce qui renforce aujourd’hui les questions sur l’ampleur réelle des pertes.

Une responsabilité qui reste à établir
Enedis a reconnu qu’une intervention de débroussaillement avait lieu dans le secteur et indiqué que les équipes présentes avaient alerté les secours, puis tenté de contenir les flammes. L’entreprise rappelle également que ces opérations participent normalement à la prévention des incendies autour des lignes. Elle conteste qu’un lien définitif puisse déjà être tiré entre le chantier et le mégafeu.
La procédure devra donc confronter les horaires, les conditions météorologiques, le matériel utilisé, les consignes données et les premières constatations réalisées sur place. Au-delà de la recherche d’une éventuelle faute, le dossier pose une question plus large : comment adapter les travaux autorisés lorsque tous les indicateurs signalent un risque extrême ? La réponse appartiendra aux enquêteurs puis, le cas échéant, à la justice.
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