Sur la plage de l’Horizon, à Lège-Cap-Ferret, un nouveau témoin de l’histoire a cédé face à la puissance de la nature. Jeudi 29 janvier, un blockhaus datant de la Seconde Guerre mondiale s’est effondré sur le trait de côte, sous l’effet combiné de l’érosion marine et du recul progressif de la dune. Les images, spectaculaires, ont rapidement circulé sur les réseaux sociaux, rappelant la fragilité croissante du littoral girondin.
Ces blockhaus, vestiges du mur de l’Atlantique édifié par l’armée allemande pendant l’Occupation, ponctuent encore de nombreuses plages de la façade atlantique. À Lège-Cap-Ferret, ils sont devenus malgré eux des marqueurs visibles de l’érosion côtière. Certains ont déjà disparu sous les eaux du bassin d’Arcachon, immergés parfois à plus de quinze mètres de profondeur. Celui de la plage de l’Horizon n’est donc ni le premier, ni sans doute le dernier à basculer.
« Nous vivons avec ces blockhaus depuis près de quatre-vingts ans, et régulièrement l’un d’entre eux glisse ou s’effondre sur le trait de côte », rappelle Philippe de Gonneville, maire de la commune. Face à cet épisode, la municipalité a rapidement fait intervenir une entreprise afin de sécuriser le site et d’éviter tout risque pour les promeneurs. En chutant le long de la dune, le blockhaus s’est fragmenté en plusieurs blocs de béton de plusieurs centaines de kilos, dont certains, instables, menaçaient de s’effondrer à tout moment.
Sur la plage de l’Horizon, le recul du littoral est désormais un phénomène tangible et quotidien. En 2024 déjà, la commune avait dû déplacer le poste de secours ainsi que la gare d’arrivée du petit train touristique. Ces équipements ont été pensés comme amovibles, afin de pouvoir être déplacés à nouveau si la situation l’exige. « Nous accompagnons ce phénomène naturel pour faire face au changement climatique », explique l’édile, conscient que l’adaptation est aujourd’hui incontournable.

En revanche, engager des travaux lourds pour endiguer l’érosion reste hors de portée financière pour la collectivité. « Le linéaire atlantique impacté représente six à sept kilomètres sur notre commune. Nous n’avons pas les moyens d’agir seuls pour protéger le domaine public. Cela nécessite un soutien financier de l’État », souligne le maire. Le coût des ouvrages de protection du littoral dépasse largement les capacités budgétaires locales.
Cette question du financement est aujourd’hui au cœur des débats nationaux. La députée du Bassin d’Arcachon, Sophie Panonacle, défend la création d’un fonds dédié à la lutte contre l’érosion côtière, alimenté notamment par une taxe sur les plateformes de locations touristiques. Un amendement en ce sens a été adopté lors de l’examen du projet de loi de finances pour 2026. Objectif : donner aux territoires les moyens d’agir.

Car des solutions existent. À la pointe du Cap Ferret, l’homme d’affaires Benoît Bartherotte a ainsi financé sur fonds privés une digue de 400 mètres pour protéger son littoral. Un exemple qui illustre que, face à l’érosion, l’enjeu n’est plus de nier le phénomène, mais de décider collectivement comment y répondre.
À Lège-Cap-Ferret comme à Biscarosse hier, l’effondrement de ce blockhaus est à la fois un symbole historique et un signal d’alerte. Celui d’un littoral en mouvement, qui oblige désormais élus, habitants et pouvoirs publics à repenser durablement la relation entre territoire, mémoire et climat.
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