Traiter la tumeur en préservant le reste de la prostate : c’est la piste évaluée par l’essai EMERHIT, porté par le CHU de Bordeaux et coordonné par le professeur Franck Bladou. À l’occasion de Movember, le centre hospitalier met en lumière cette recherche sur les cancers masculins. Elle compare un traitement focal par ultrasons à l’ablation complète de la prostate chez des patients sélectionnés, en examinant le contrôle du cancer, la qualité de vie et les coûts.
Le cancer de la prostate au centre de l’essai EMERHIT
L’étude concerne des cancers localisés de risque intermédiaire, limités à une partie de l’organe. Elle ne s’adresse donc pas à toutes les personnes atteintes d’un cancer de la prostate. Le stade de la maladie, son agressivité et sa répartition dans la glande déterminent les possibilités de traitement, qui doivent être discutées pour chaque patient.

Le registre de l’essai EMERHIT présente une comparaison randomisée : les participants sont répartis entre les stratégies étudiées selon le protocole de recherche. D’un côté, la prostatectomie totale retire la prostate ; de l’autre, le traitement focal concentre son action sur la zone porteuse du cancer, en cherchant à préserver les tissus voisins.
L’étude est ouverte aux inclusions dans le registre consultable. Ce statut indique que la recherche se poursuit ; il ne constitue pas un résultat démontrant la supériorité du traitement ciblé. L’objectif est précisément de produire une comparaison assez solide pour éclairer la place de cette approche dans les choix thérapeutiques.
Concentrer la chaleur sur la zone malade
Les ultrasons focalisés de haute intensité, désignés par le sigle HIFU, produisent un effet thermique dans la zone visée. Une sonde permet de concentrer cette énergie pour détruire les tissus ciblés. Dans une stratégie focale, le traitement porte sur une partie de la prostate, plutôt que sur la totalité de la glande.

La sélection repose sur plusieurs examens. L’IRM précise la localisation des lésions, tandis que les biopsies ciblées et systématiques renseignent sur les tissus prélevés et les caractéristiques du cancer. Le dossier est discuté de manière multidisciplinaire, afin de confronter les données d’imagerie, l’analyse des prélèvements et la situation clinique avant de proposer une prise en charge.
Le service d’urologie bordelais détaille cette sélection et le suivi après HIFU. Le caractère ciblé ne dispense pas de surveillance : consultations, dosage du PSA, IRM et nouvelles biopsies selon le protocole servent à rechercher une maladie résiduelle ou une récidive. Un autre traitement peut devenir nécessaire si le contrôle obtenu est insuffisant.
Mesurer le bénéfice sans minimiser les incertitudes
La recherche répond à une difficulté bien identifiée : les traitements du cancer peuvent avoir des conséquences durables sur la continence et la sexualité. La chirurgie et la radiothérapie ont des profils d’effets indésirables différents. Préserver des tissus sains pourrait réduire une partie de ces conséquences ; cette possibilité doit être confrontée au niveau de contrôle de la maladie.

La qualité de vie constitue ainsi un critère central, aux côtés de l’efficacité et des données économiques. L’étude est dite médico-économique parce qu’elle examine les résultats cliniques et les ressources mobilisées pour les obtenir. La question ne se limite pas au coût d’une intervention : les suites, la surveillance et les traitements ultérieurs entrent aussi dans l’évaluation.
Le projet a été retenu dans le Programme de recherche médico-économique 2019, financé par la Direction générale de l’offre de soins. Sa mise en avant pendant Movember rappelle que la recherche sur les cancers masculins porte aussi sur la manière de vivre après les soins. Pour EMERHIT, les promesses d’un traitement moins étendu restent des hypothèses à éprouver dans l’essai, avec ses exigences de suivi.
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