À deux pas du CHU Pellegrin, le centre hospitalier Charles-Perrens abrite un patrimoine que peu de Bordelais prennent le temps d’observer. Derrière les grilles du 121, rue de la Béchade, l’ancien asile de Château-Picon conserve une composition pavillonnaire imaginée à la fin du XIXe siècle. Toujours dédié à la santé mentale, le site raconte l’évolution des soins autant que celle de l’architecture hospitalière.

De l’Enclos-Guiraud à Château-Picon
L’histoire psychiatrique bordelaise commence bien avant la construction actuelle. Au XVIe siècle, un établissement appelé Enclos-Guiraud accueille déjà des personnes malades dans le quartier Saint-Jean. Au fil des siècles, les structures évoluent, mais elles deviennent insuffisantes face aux besoins et aux nouvelles conceptions du soin. La loi de 1838 sur les personnes atteintes de troubles mentaux accélère la création d’établissements spécialisés.
Le choix se porte finalement sur Château-Picon, alors situé à l’écart du centre dense. Le nouvel asile destiné aux femmes est conçu par l’architecte Jean-Jacques Valleton, élève de Paul Abadie, avec le médecin-chef Taguet. Les travaux se déroulent de 1887 à 1897 et l’établissement est inauguré dès 1890, au fur et à mesure de son ouverture.
Une architecture organisée autour du soin
Le plan répond aux théories médicales de l’époque. Plutôt qu’un bâtiment unique, le site s’organise en pavillons séparés, reliés par des galeries et distribués autour d’espaces plantés. L’air, la lumière et la circulation sont considérés comme des éléments essentiels du cadre thérapeutique. Les patientes sont réparties selon leur état et les besoins de surveillance.

La pierre, la brique et les toitures inclinées donnent à l’ensemble une unité qui atténue son échelle. Les décors restent mesurés, conformément à une pensée médicale qui redoutait les stimulations excessives. Pourtant, les façades, les porches et les perspectives témoignent d’un réel soin architectural. Le cadre devait protéger sans prendre l’apparence d’une prison, même si l’histoire de la psychiatrie impose aujourd’hui un regard critique sur les pratiques de l’époque.
Le domaine conserve également des espaces verts remarquables. Ces jardins ne relèvent pas seulement de l’agrément : ils participaient à la séparation des unités, au travail quotidien et aux promenades. Aujourd’hui encore, cette présence végétale distingue Charles-Perrens des grands ensembles hospitaliers construits plus tard.
Le nom de Charles Perrens depuis 1974
Château-Picon devient progressivement mixte avec les nouvelles politiques de santé mentale développées à partir des années 1960. En 1974, il prend le nom du professeur Charles Perrens, médecin-chef de l’établissement de 1920 à 1952. Ce changement accompagne la sectorisation et l’ouverture des soins psychiatriques vers des dispositifs moins centrés sur l’hospitalisation.

Le récit historique publié par le centre hospitalier retrace cette transformation et rappelle le rôle actuel de l’établissement dans les soins, l’enseignement et la recherche. Charles-Perrens demeure ainsi un lieu en activité, non un monument figé.
Un patrimoine hospitalier protégé
La valeur de l’ensemble est reconnue par une inscription au titre des monuments historiques le 9 septembre 1997. La protection concerne les parties les plus représentatives du projet de Valleton et de l’organisation originelle. La fiche officielle de la base POP permet d’en retrouver les références précises.
Cette reconnaissance attire l’attention sur un patrimoine souvent invisible : celui des lieux de soin. Les murs de Charles-Perrens racontent des conceptions médicales, sociales et urbaines qui ont profondément changé. Leur conservation permet de comprendre ces évolutions sans effacer les expériences humaines qui s’y sont déroulées.
Le site n’est pas un monument touristique classique et son accès répond au fonctionnement de l’hôpital. Depuis l’espace public, certains pavillons restent néanmoins perceptibles. Ils composent un chapitre discret mais essentiel de l’histoire bordelaise, entre architecture, santé publique et transformation des pratiques de soin.
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