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Château Labottière : la maison néoclassique de Bordeaux qui possède une jumelle à New York

Au 29 rue Labottière, un jardin à la française précède une demeure néoclassique aux proportions presque parfaites. Le château Labottière, construit de 1770 à 1773 pour deux frères imprimeurs, a connu les bals, l’abandon, un collège et de grandes restaurations. Devenu lieu d’art contemporain, il possède aussi une étonnante descendante : une réplique presque exacte édifiée au début du XXe siècle à New York.

Façade du Château Labottière à Bordeaux
Le Château Labottière déploie une façade néoclassique équilibrée, conçue comme une maison de plaisance aux portes du Bordeaux ancien. – Crédit : Wikimedia Commons

Deux imprimeurs rêvent d’une maison de campagne

Jacques et Antoine Labottière tiennent une librairie et une imprimerie près de la place du Palais. Ils possèdent également un petit vignoble aux portes de Bordeaux et confient aux frères Étienne et Jacques Laclotte la construction d’une résidence élégante. Entre 1770 et 1773, la campagne devient le décor d’une maison ordonnée, faite pour recevoir autant que pour se retirer de la ville.

La Révolution ruine les commanditaires. Après la mort d’Antoine, Jacques vend le domaine, la librairie et l’imprimerie. Sous le Directoire, la demeure prend une nouvelle direction : louée à un entrepreneur de spectacles, elle devient la Maison Tivoli, puis accueille bals et fêtes champêtres. Le nom de Tivoli reste longtemps attaché au lieu et au quartier.

D’un collège jésuite aux fêtes des Années folles

Au XIXe siècle, le château passe entre plusieurs mains, dont celle d’Antoine Gautier, maire de Bordeaux. La Compagnie de Jésus l’acquiert en 1857 et construit le collège Saint-Joseph de Tivoli dans ses dépendances. Après un incendie, les jésuites déménagent. La maison traverse alors une période d’incertitude, entre projets de musée et abandon.

À partir de 1918, Janine Lozes et l’architecte Pierre Ferret redonnent vie au domaine. Ils y organisent des fêtes et entreprennent des travaux respectueux de l’esprit néoclassique. En 1940, le château est réquisitionné pour abriter le lycée Longchamp, dont les locaux accueillent alors des services du gouvernement replié à Bordeaux.

Vue générale du Château Labottière à Bordeaux
Cette vue générale replace le Château Labottière dans son jardin et souligne la symétrie rigoureuse de sa composition architecturale. – Crédit : Wikimedia Commons

Un fronton, un jardin et un étage caché

La façade principale présente un rez-de-chaussée, un étage et un niveau supplémentaire dissimulé derrière la balustrade. La travée centrale avance légèrement sous un fronton triangulaire où deux enfants déroulent une toile. Côté jardin, un avant-corps en demi-cercle adoucit la composition. L’architecture repose sur l’équilibre plus que sur l’accumulation décorative.

Le jardin à la française, les façades et les toitures font partie des éléments protégés. À l’intérieur, des décors en staff de style Louis XVI ont remplacé d’anciennes boiseries vendues. L’Institut culturel Bernard Magrez présente l’histoire et la programmation du château Labottière, permettant de vérifier les conditions d’accès avant une visite.

De Bordeaux à la Cinquième Avenue

Racheté en 1996 puis restauré, le château accueille depuis 2011 des expositions, des artistes en résidence et des projets d’art contemporain. Cette fonction culturelle permet de découvrir des espaces longtemps privés, tout en confrontant l’architecture du XVIIIe siècle à des œuvres actuelles. La programmation varie : il est donc indispensable de consulter le calendrier du lieu.

La silhouette du château a voyagé bien plus loin. À New York, la James B. Duke House, construite en 1912 dans l’Upper East Side, en reprend presque exactement la composition. Le site de la Maison française de New York présente cette demeure inspirée du modèle bordelais, devenue propriété de l’université de New York.

Comparer les deux édifices montre la force d’un dessin capable de traverser l’Atlantique et plus d’un siècle. Le château Labottière n’est donc pas seulement un joli pavillon bordelais : il appartient à une histoire internationale de la copie, du prestige et de la circulation des modèles architecturaux. Son jardin permet aujourd’hui d’en retrouver l’échelle originelle.

Détail architectural du Château Labottière à Bordeaux
Les détails de pierre et les proportions des ouvertures révèlent le raffinement néoclassique du Château Labottière. – Crédit : Wikimedia Commons

Le contraste entre la rue et le jardin fait partie de l’expérience. Après le mur et la grille, la façade apparaît avec assez de recul pour que ses proportions deviennent évidentes. Ce dévoilement progressif explique pourquoi la demeure supporte si bien la comparaison photographique avec sa copie new-yorkaise, pourtant insérée dans un environnement beaucoup plus dense.

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