Au 47, rue Sauteyron, derrière des murs discrets, subsiste le cimetière des Juifs dits avignonnais. Acquis en 1764 pour une communauté venue du Comtat Venaissin, ce petit enclos conserve des pierres tombales de la fin du XVIIIe siècle. Profané et partiellement recouvert par des constructions, il reste un témoin fragile de la diversité juive qui a façonné Bordeaux à l’époque moderne.

Deux communautés juives dans le Bordeaux du XVIIIe siècle
La présence juive bordelaise ne forme pas alors un ensemble uniforme. La ville accueille une importante communauté séfarade issue d’Espagne et du Portugal, mais aussi des familles venues du Comtat Venaissin, territoire pontifical autour d’Avignon. Ces dernières sont couramment désignées comme les Juifs avignonnais.
Les relations entre groupes sont parfois complexes. Les droits, les activités professionnelles et les lieux d’inhumation obéissent à des règles distinctes. Lorsqu’il devient nécessaire d’ouvrir de nouveaux espaces funéraires, chaque communauté reçoit son propre terrain. En 1764, un petit vignoble proche de l’actuelle rue Sauteyron est acquis pour les Avignonnais.
Un cimetière aménagé dans un ancien vignoble
Le choix de la parcelle rappelle le visage encore rural des faubourgs bordelais. Hors du cœur dense et de ses contraintes, le terrain permet d’établir un enclos où les morts peuvent être enterrés selon les rites de la communauté. Les sépultures visibles datent principalement de la fin du XVIIIe siècle.

La disposition actuelle ne restitue cependant qu’une partie du site originel. Les tombes encore lisibles se concentrent dans la zone sud. Les anciens murs de clôture subsistent surtout à l’ouest et au sud, tandis que la partie nord a été recouverte par une dalle de ciment sur laquelle se sont élevés des bâtiments.
Cette fragmentation rend la lecture du lieu difficile depuis l’extérieur. Elle explique aussi pourquoi le cimetière reste méconnu, alors qu’il constitue l’un des rares repères matériels de la communauté avignonnaise à Bordeaux. Chaque pierre conservée devient une archive en plein air, avec ses noms, ses dates et ses formules funéraires.
Des dégradations qui rendent la protection indispensable
Le cimetière a subi des profanations. Plusieurs pierres ont été renversées ou brisées, ajoutant aux transformations urbaines une atteinte directe à la mémoire des défunts. Le sol et le sous-sol restent pourtant susceptibles de conserver des informations essentielles sur l’organisation de l’enclos et les inhumations anciennes.

C’est pourquoi la protection prononcée le 27 septembre 1995 ne concerne pas seulement les tombes visibles. Elle porte sur les parties anciennes du mur de clôture, le sol et le sous-sol. La notice officielle consacrée au cimetière de la rue Sauteyron détaille précisément ce périmètre.
Un lieu de mémoire fermé au passage quotidien
Le cimetière appartient au consistoire israélite de la Gironde et n’est pas un jardin public. Son observation suppose donc de respecter la clôture, les éventuelles restrictions d’accès et la vocation funéraire du site. La présentation patrimoniale de Bordeaux Métropole sur les cimetières israélites permet de replacer l’enclos dans l’histoire des autres nécropoles juives de la ville.
La modestie du lieu ne diminue pas son importance. Au contraire, le cimetière avignonnais révèle une histoire bordelaise faite de migrations, de différences et d’adaptations. Préserver ce terrain, c’est maintenir la trace d’une communauté dont les bâtiments et les espaces quotidiens ont largement disparu.
À quelques rues des grands axes, ce morceau de terre rappelle encore que le patrimoine ne se mesure pas à la taille d’un monument. Ici, quelques murs et des pierres fragiles suffisent à faire surgir un Bordeaux longtemps resté en marge du récit officiel.
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