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Hôtel Dufau-Lamothe : l’escalier et le jardin cachés de la rue Thiac

Au 13 rue Thiac, l’hôtel Dufau-Lamothe se laisse difficilement deviner depuis le trottoir. Construit entre 1762 et 1765, il conserve pourtant deux façades, un jardin, des menuiseries anciennes et un escalier remarquable. Inscrit en totalité aux monuments historiques en 2021, cet ensemble appartenant à Bordeaux Métropole révèle aussi une surprise en sous-sol : une ancienne chapelle ornée de peintures d’inspiration antique.

La façade sur rue conserve plusieurs menuiseries, ferronneries et dispositifs datant de la campagne de construction du XVIIIe siècle

Une demeure bâtie à la place des échoppes

Jean Léon Dufau de Lamothe fait édifier l’hôtel sur un terrain occupé jusque-là par des échoppes et des jardins. L’architecte reste inconnu, mais le soin apporté à la construction montre un chantier ambitieux. La maison s’organise entre la rue Thiac et un jardin ouvrant vers la rue Lebrun, selon un dispositif particulièrement recherché dans le Bordeaux du XVIIIe siècle.

Le vestibule traverse le bâtiment et distribue les pièces ainsi que le grand escalier. Une grille en fer forgé porte encore les armes de la famille Dufau de Lamothe. Le sol du passage, les ferrures, certaines portes, les fenêtres et leurs contrevents ont traversé les transformations. Cette accumulation d’éléments d’origine donne au lieu une cohérence devenue rare.

Un escalier où la pierre devient démonstration

Placée du côté de la façade sur rue, la cage accueille un escalier tournant à retour avec jour. Sa stéréotomie, c’est-à-dire la manière de tailler et d’assembler les blocs, sort de l’ordinaire. Le mouvement des marches construit une véritable architecture intérieure, pensée autant pour desservir les étages que pour impressionner les visiteurs dès l’entrée.

Au XIXe siècle, la demeure est rehaussée d’un niveau, sans bouleverser complètement sa distribution. Le XXe siècle l’adapte ensuite à des bureaux : marches reprises, plafonds doublés et quelques décors altérés. Malgré ces interventions, des cheminées rocaille ou Directoire et les boiseries du grand salon du rez-de-chaussée subsistent.

Le grand escalier tournant se distingue par une taille de pierre particulièrement savante et par sa position immédiatement accessible depuis le vestibule

Une chapelle peinte sous la maison

La cave voûtée a été aménagée en chapelle à une date encore discutée. Sous des usages religieux plus tardifs apparaissent des peintures de caractère pompéien : fleurs, oiseaux et poissons évoquent le goût pour l’Antiquité renouvelé par les découvertes archéologiques de la fin du XVIIIe siècle. Ce décor fragile ajoute une profondeur inattendue au monument, loin de la façade visible depuis la rue.

La fiche patrimoniale de Bordeaux Métropole sur l’hôtel Dufau-Lamothe montre plusieurs vues de la façade, du jardin et de l’escalier. La notice officielle Mérimée PA33000235 détaille la protection en totalité prononcée le 6 avril 2021 et les éléments conservés.

Un monument à comprendre depuis son seuil

L’hôtel n’est pas un site touristique ouvert en permanence. Depuis la rue Thiac, le visiteur peut toutefois situer la porte, observer les menuiseries et imaginer l’axe du vestibule vers le jardin. La discrétion extérieure contraste avec la richesse des espaces intérieurs, ce qui fait précisément le charme de nombreuses demeures bordelaises.

Une promenade peut relier cette adresse à la place Gambetta, au palais Rohan et aux hôtels du cours d’Albret. Elle révèle un quartier où les grandes maisons s’installent derrière des murs continus, loin de l’effet de façade des quais. Ici, l’histoire se lit dans l’épaisseur : rue, vestibule, escalier, salons, jardin et cave forment une succession qu’il faut reconstituer mentalement.

L’inscription récente rappelle enfin que la reconnaissance patrimoniale n’est jamais achevée. Des édifices connus depuis des siècles peuvent encore changer de statut lorsque les recherches révèlent la qualité de leurs décors et leur conservation. L’hôtel Dufau-Lamothe est devenu en 2021 un témoin mieux protégé de la vie domestique bordelaise des Lumières.

Le jardin prolonge la façade arrière et participe pleinement à la composition protégée de l’hôtel Dufau-Lamothe bordelais

La conservation des menuiseries joue un rôle essentiel dans l’atmosphère du lieu. Une fenêtre, un verrou ou un contrevent transmettent des gestes quotidiens que les grandes dates ne racontent pas. Leur présence permet d’imaginer la maison habitée, ouverte sur le jardin, réglée par la lumière et les circulations domestiques plutôt que seulement admirée comme monument.

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