Deux navires sculptés encadrent son entrée, tandis que deux pavillons dressés sur le toit regardaient autrefois la Garonne. L’hôtel Fenwick, cours Xavier-Arnozan, fut construit entre 1793 et 1800 pour Joseph Fenwick, nommé consul par George Washington. Premier consulat des États-Unis dans le monde, la demeure mêlait commerce, diplomatie et vie familiale au cœur d’un quartier des Chartrons tourné vers l’Atlantique.

George Washington nomme un consul à Bordeaux
Joseph Fenwick naît dans le Maryland et développe d’importants échanges entre la France et les jeunes États-Unis, notamment autour de l’huile de baleine. Le 7 juin 1790, George Washington le nomme consul à Bordeaux. Cette fonction fait de la ville un poste essentiel de la diplomatie commerciale américaine, quelques années seulement après l’indépendance des États-Unis.
Fenwick épouse Catherine Éléonore Ménoire, fille du directeur de la Chambre de commerce. Il commande bientôt une maison capable d’accueillir sa famille, ses bureaux et ses marchandises. L’architecte Jean-Baptiste Dufart commence le chantier en pleine Révolution. Dans une période peu favorable aux grandes constructions privées, l’hôtel affirme la continuité des échanges internationaux.
Un bâtiment conçu pour habiter et négocier
Le rez-de-chaussée abritait boutiques et entrepôt ; les bureaux occupaient le premier étage. Plus haut se trouvaient les appartements, les salles de réception puis les logements domestiques sous les combles. Chaque niveau correspondait à un cercle social et professionnel différent, organisation que l’escalier rendait sensible par la largeur décroissante de ses marches.
La cage d’escalier, éclairée par une verrière, conserve un soleil doré sur une étoile à treize branches, référence aux treize premiers États américains. Ce signe discret transforme le décor Louis XVI en manifeste diplomatique. Il faut l’imaginer au milieu des négociants, visiteurs et courriers qui circulaient entre les quais, les bureaux consulaires et les salons.

Des guetteurs sur le toit et des bateaux dans la pierre
Les deux pavillons carrés construits sur la toiture avaient une fonction très concrète : observer l’arrivée des navires sur la Garonne. La façade reçoit aussi des persiennes inspirées de l’architecture américaine. L’hôtel traduit donc les besoins du commerce maritime jusque dans sa silhouette, en associant visibilité, stockage et représentation.
Vers 1870, Charles Durand remanie l’entrée et ajoute deux navires sculptés qui semblent sortir du mur. Rostres, coques et détails défensifs sont traités avec une précision étonnante. L’Office of the Historian du département d’État retrace la mission de Joseph Fenwick, tandis que le dossier UNESCO de Bordeaux, Port de la Lune replace les Chartrons dans l’histoire portuaire de la ville.
Une adresse privée, mais une façade très bavarde
Après la Première Guerre mondiale, la Compagnie générale transatlantique occupe l’hôtel pendant plusieurs décennies. Des entreprises s’y installent ensuite. L’édifice n’est donc pas ouvert comme un musée, mais il conserve une fonction professionnelle. Cette continuité d’usage évite au monument de devenir un simple décor, même si elle limite la découverte des intérieurs.
Depuis l’arrêt de tram CAPC, quelques minutes suffisent pour rejoindre le cours Xavier-Arnozan. Les bateaux sculptés se repèrent au-dessus de la porte ; il faut ensuite prendre du recul pour voir les pavillons de toiture. Le parcours peut continuer vers les quais des Chartrons, là où la position stratégique de la demeure devient immédiatement compréhensible.
L’hôtel Fenwick condense ainsi une relation internationale dans des détails d’architecture. La diplomatie se lit ici comme une affaire de vues, de flux et de seuils : voir les navires, recevoir les négociants, stocker des marchandises et afficher l’identité du nouveau pays. Peu d’adresses bordelaises racontent avec autant de précision la naissance d’un réseau consulaire.

La présence américaine ne relève donc pas d’une anecdote ajoutée après coup. Elle organise le bâtiment, de ses emblèmes à ses postes d’observation. En regardant la façade depuis les quais, on comprend que le consul devait rester connecté au mouvement du port. L’architecture devient un véritable outil diplomatique, commercial et domestique à la fois.
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