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Après le mégafeu, la Gironde veut reconstruire des « bastides végétalisées »

Après le mégafeu de Saumos, la reconstruction ne doit pas reproduire à l’identique les secteurs les plus exposés. La préfecture de la Gironde avance l’idée de « bastides végétalisées » : des habitations davantage regroupées, entourées d’espaces entretenus et desservies par des voies adaptées aux secours. Derrière cette expression se dessine une réflexion d’urbanisme qui concerne les communes sinistrées, leurs habitants et l’avenir du massif forestier.

Reconstruire sans disperser de nouveau l’habitat

Le modèle évoqué rompt avec l’implantation de maisons isolées au milieu des pins. Le regroupement des constructions doit permettre de mieux organiser les accès, les réseaux et les zones de protection. Il ne s’agit pas de minéraliser les communes forestières : la végétation resterait présente, mais son entretien et sa distance par rapport aux bâtiments seraient intégrés dès la conception.

Après l’incendie de Saumos, la reconstruction doit articuler logements, voirie, accès des secours et entretien de la végétation dans les communes forestières. Crédit : SDIS33

Cette piste répond à une réalité mise à nu par le feu. Lorsque les voies sont étroites, que les parcelles sont très boisées et que les habitations se succèdent loin des centres-bourgs, l’évacuation comme l’intervention deviennent plus complexes. Les accès des véhicules de secours, la disponibilité de l’eau et la circulation autour des maisons ne peuvent donc plus être traités après coup.

Le Porge accueille la plateforme de reconstruction

Le chantier ne part pas d’une page blanche. Un comité de pilotage réunit l’État, les collectivités et les acteurs concernés, tandis qu’une plateforme opérationnelle a été installée au Porge. Les premiers besoins recensés après l’incendie portent sur le relogement, la sécurisation des pins fragilisés, les routes, les réseaux et la gestion des eaux du bassin versant.

L’État a annoncé une première aide de 300 000 euros lors de l’installation de ce dispositif. Quinze communes girondines sinistrées doivent par ailleurs bénéficier d’une enveloppe de 10 millions d’euros pour leurs projets de reconstruction. Ces financements ne préjugent pas de la forme future des quartiers ; ils donnent un cadre aux études et aux travaux que les collectivités doivent désormais préciser.

Le regroupement de certaines habitations est présenté comme une piste pour limiter l’exposition au feu et faciliter l’intervention des secours. Crédit : SDIS33

Une idée d’urbanisme soumise aux règles du risque

La notion de bastide végétalisée devra être traduite dans les documents d’urbanisme, les permis et les choix fonciers. Les principes nationaux de prévention des feux de forêt insistent notamment sur le débroussaillement, l’accès aux massifs et la réduction des sources d’ignition. La carte de l’exposition au risque de feu permet aussi de replacer chaque projet dans son environnement.

Les décisions devront tenir compte des propriétaires déjà installés et des parcelles détruites. Regrouper l’habitat suppose parfois de revoir des droits à construire, d’acquérir du foncier ou de déplacer un projet. Rien n’indique, à ce stade, que toutes les communes appliqueront le même modèle. Les situations du Porge, de Saumos ou des autres territoires touchés ne sont pas interchangeables.

Forêt et villages devront évoluer ensemble

La reconstruction des logements ne peut être séparée de celle du massif. Les pins brûlés doivent être sécurisés et évacués rapidement pour limiter les chutes et les risques sanitaires. La filière forêt-bois travaille parallèlement sur le renouvellement forestier, l’aménagement des pistes, le rôle éventuel de l’agriculture irriguée et la révision des règles de protection contre l’incendie.

La reconstruction s’inscrit dans un territoire où forêt, habitat, activités économiques et réseaux doivent être pensés ensemble après le sinistre. Crédit : SDIS33

Les bastides végétalisées en Gironde restent donc une orientation, pas un plan déjà arrêté. Leur contenu se précisera commune par commune, avec les habitants et les élus. Le critère décisif sera concret : reconstruire des lieux de vie acceptables sans réinstaller les mêmes vulnérabilités face à un incendie majeur.

Les obligations légales de débroussaillement resteront un élément central, y compris dans des quartiers redessinés. Elles imposent d’agir autour des constructions et des voies d’accès, selon la situation de la parcelle. La conception des espaces communs ne supprimera donc pas la responsabilité d’entretien qui incombe aux propriétaires et aux collectivités.

Le débat commence maintenant.

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