Face à la dune du Pilat, le banc d’Arguin change encore de silhouette. Les relevés effectués entre mars et septembre 2026 indiquent une perte de 11 % pour le banc principal, alors même que l’été a été peu agité. Un autre chiffre raconte une évolution différente : l’ensemble des bancs émergés de la réserve a reculé d’environ 4 %. Pour comprendre ce qui se joue à l’entrée du bassin d’Arcachon, il faut garder ces deux périmètres distincts.
Onze pour cent de moins pour Arguin, pas pour tous les bancs
Le chiffre de 11 % concerne le banc d’Arguin lui-même. Il résulte de relevés de lignes de rivage réalisés à marée haute, avec un coefficient comparable, en mars puis en septembre. La réduction frappe d’autant plus que la période estivale a connu peu de houle : elle aurait pu laisser au sable le temps de se redéposer. Ce répit n’a pas suffi à enrayer l’amincissement du banc principal.
Si l’on additionne les surfaces émergées des différents bancs de la réserve, le recul est plus modéré. Elles passent de 54,12 hectares à 51,70 hectares sur la même période, soit environ 4,5 %. Le sable ne disparaît pas partout de la même manière : il circule et peut se déposer ailleurs. Le Toulinguet, au nord-ouest d’Arguin, a ainsi gagné de la surface entre les deux relevés. Confondre cette évolution d’ensemble avec celle d’Arguin conduirait à minorer l’érosion du site le plus connu.
À l’entrée du Bassin, les courants de marée rencontrent les mouvements de l’Atlantique. Les îlots se déforment, migrent et se recomposent. Arguin n’a jamais été une île fixe. Ce qui préoccupe aujourd’hui les gestionnaires, c’est le rythme de sa réduction et la faiblesse du relief qui le protège lors des épisodes de forte mer.

Un banc plus bas, des refuges plus exposés
Le risque dépasse la perte d’une bande de plage. Les parties hautes et végétalisées offrent des espaces de repos et de nidification à des oiseaux qui fréquentent la réserve. Lorsque le sable s’abaisse ou se fragmente, une marée forte peut atteindre plus facilement ces secteurs. Les relevés de septembre ne permettent pas, à eux seuls, de prédire l’état du banc après l’hiver ; ils montrent en revanche pourquoi les prochaines tempêtes seront suivies de près.
La SEPANSO, gestionnaire de la réserve, rappelle que le site accueille notamment des sternes, des huîtriers pies et des gravelots à collier interrompu. Certains nichent au sol, ce qui rend leurs œufs et leurs poussins sensibles aux submersions comme au dérangement humain. Moins d’espace disponible concentre les usages et les enjeux de protection sur les portions qui restent émergées.

Suivre le sable et adapter la protection
Les équipes de la réserve poursuivent leurs mesures de terrain pour documenter l’évolution des contours et des habitats. Le Parc naturel marin du bassin d’Arcachon a déjà indiqué que l’érosion rapide et la réduction des surfaces émergées conduisaient à conserver les règles de mouillage et de débarquement prévues en 2026, avec des adaptations cartographiques liées au déplacement du site.
Pour les plaisanciers, les limites visibles sur une ancienne carte ne suffisent pas : il faut tenir compte du balisage et de la réglementation en vigueur. La réserve rappelle que certaines zones sont interdites d’accès afin de laisser les oiseaux au calme. Le respect de ces espaces ne peut pas arrêter les courants ni retenir le sable, mais il évite d’ajouter une pression humaine à un milieu déjà fragilisé.
Le banc d’Arguin reste l’un des paysages les plus reconnaissables de Gironde. Son recul ne raconte pourtant ni une disparition annoncée à date fixe ni une simple variation sans conséquence. Le résultat des prochains relevés, après les houles et les grandes marées, dira si la tendance se prolonge et comment la réserve doit ajuster sa protection. Pour l’heure, le constat de l’automne est clair : même après un été calme, Arguin a continué de rétrécir.

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