Un simple rinçage de bouche peut-il aider à diagnostiquer une infection pulmonaire grave ? Au CHU de Bordeaux, une étude menée auprès de patients immunodéprimés apporte une réponse nuancée. Le test PCR évalué présente une forte spécificité et évite un prélèvement profond. Mais sa sensibilité reste limitée : un résultat négatif ne suffit pas à écarter la pneumocystose.
Un prélèvement moins invasif pour une infection difficile à diagnostiquer
La pneumocystose est une infection pulmonaire due au champignon Pneumocystis jirovecii. Elle peut toucher des personnes dont les défenses immunitaires sont affaiblies, notamment après une transplantation ou pendant certains traitements. Pour confirmer le diagnostic, les médecins s’appuient habituellement sur des prélèvements respiratoires profonds. Leur réalisation peut être difficile chez des patients déjà fragilisés sur le plan respiratoire.
Des équipes du CHU de Bordeaux ont donc étudié une autre voie : rechercher le champignon par PCR dans un prélèvement recueilli après un rinçage de la bouche. Cette méthode est moins invasive que le lavage bronchoalvéolaire pratiqué lors d’une fibroscopie. Elle pourrait apporter un élément supplémentaire aux médecins lorsque l’état du patient rend les examens profonds plus contraignants.

L’étude, publiée dans la revue Medical Mycology, a été conduite rétrospectivement sur 134 patients immunodéprimés non infectés par le VIH, pris en charge entre janvier 2022 et mai 2025. Tous avaient bénéficié du test sur prélèvement oropharyngé et d’une analyse respiratoire profonde. Parmi eux, 26 présentaient une pneumocystose selon les critères retenus par les chercheurs.
Un test positif utile, un négatif insuffisant
Le résultat le plus solide concerne la spécificité, estimée à 97,2 % : dans cette population, le test revenait rarement positif chez les personnes ne présentant pas l’infection. Sa sensibilité atteignait en revanche 61,5 %. Autrement dit, il ne détectait qu’une partie des cas de pneumocystose identifiés par l’étude.
Cette limite n’a rien d’abstrait. Dix des 26 patients chez qui l’infection a été diagnostiquée avaient obtenu un résultat négatif avec le prélèvement buccal. Un résultat négatif ne peut donc pas rassurer à lui seul. Si les signes cliniques et l’imagerie continuent à faire suspecter une pneumocystose, l’évaluation médicale doit se poursuivre avec les examens jugés nécessaires.

Une piste à confirmer avant de changer les pratiques
Les chercheurs présentent ainsi ce test comme une aide possible au diagnostic, surtout lorsqu’il est positif et interprété avec le dossier du patient. Il ne remplace ni l’examen clinique ni les autres investigations. Les valeurs mesurées dans cette étude dépendent aussi de la population sélectionnée : elles ne doivent pas être transposées telles quelles à tous les patients.
Le travail réunit plusieurs spécialités du CHU, dont la pneumologie, la transplantation, la réanimation et la parasitologie-mycologie. Le service de pneumologie de l’hôpital Haut-Lévêque, à Pessac, fait partie des équipes impliquées. Les auteurs estiment que des études prospectives plus larges seront nécessaires pour préciser la place du prélèvement buccal dans la stratégie diagnostique.

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