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Eau du robinet à Bordeaux : sous nos pieds, des nappes vieilles de plusieurs millénaires

L’eau du robinet à Bordeaux a une histoire beaucoup plus longue que son trajet dans les canalisations. Elle provient de nappes souterraines, dont certaines contiennent une eau infiltrée il y a plusieurs milliers d’années. Quatre grands ensembles géologiques alimentent cette ressource. Leur renouvellement lent explique pourquoi un hiver pluvieux ne suffit pas à effacer les tensions et pourquoi les prélèvements doivent rester compatibles avec ce que le sous-sol peut fournir durablement.

L’eau du robinet à Bordeaux vient de plusieurs étages du sous-sol

Le Miocène, l’Oligocène, l’Éocène et le Crétacé désignent les grands ensembles de nappes profondes suivis en Gironde. Leurs noms renvoient aux formations géologiques qui contiennent l’eau. Ces réservoirs se superposent dans le sous-sol, à des profondeurs variables selon les secteurs. Ils ne réagissent pas tous de la même façon aux pluies ni aux prélèvements.

L’eau potable de la métropole bordelaise provient de nappes souterraines dont certaines renferment une eau infiltrée depuis plusieurs millénaires.

Une nappe ne ressemble généralement pas à un lac caché dans une immense cavité. L’eau occupe surtout les pores et les fissures de la roche, dans lesquels elle circule. La description des nappes profondes girondines distingue notamment les nappes libres, proches de la surface, et les nappes captives, recouvertes d’une couche peu perméable qui maintient l’eau sous pression.

Les nappes profondes sont presque toujours captives sur une grande partie de leur étendue. Les captages et les forages permettent d’exploiter cette ressource pour l’alimentation en eau potable. Sa bonne qualité naturelle tient notamment aux conditions de son parcours souterrain. Cette qualité ne change cependant rien à la nécessité d’en limiter les prélèvements et d’en surveiller l’évolution.

Une eau ancienne, dont le renouvellement continue

L’âge de la roche et celui de l’eau ne se confondent pas. Sous Bordeaux, les formations de l’Éocène ont plusieurs dizaines de millions d’années ; l’eau qui y circule peut avoir environ 20 000 ans. Elle correspond alors à des infiltrations très anciennes, sans avoir cessé tout mouvement depuis son entrée dans le sous-sol.

L’eau circule dans les pores et les fissures des roches, à une vitesse qui dépend de la nature du réservoir souterrain.

La vitesse de circulation dépend de la nature du réservoir. Dans de nombreuses nappes, l’eau avance de quelques mètres par an, parfois moins. Ce rythme explique qu’une ressource puisse se renouveler tout en restant très ancienne. Les quantités puisées aujourd’hui se comparent donc à une recharge lente, et non à un remplissage complet après chaque épisode de pluie.

La pluie reste à l’origine de cette alimentation. Une partie s’évapore, une autre ruisselle et une fraction pénètre dans les sols. Pour les nappes les plus réactives du territoire, l’automne et l’hiver, d’octobre à mars, constituent une période importante de recharge. Le repos de la végétation permet à davantage d’eau de poursuivre son chemin vers le sous-sol.

Au printemps, la végétation reprend une part plus importante de l’eau disponible, tandis que les conditions météorologiques modifient l’évaporation. Les pluies d’une saison ne donnent donc pas, à elles seules, une mesure des réserves accessibles. L’évolution dépend aussi des années précédentes et du niveau de sollicitation de chaque nappe.

La gestion des nappes profondes girondines distingue les réservoirs et les secteurs géographiques pour préserver leur équilibre.

Une gestion adaptée à chaque réservoir

Le SAGE Nappes profondes de Gironde fixe le cadre de gestion de cette ressource. Il vise notamment à restaurer l’équilibre des nappes surexploitées et à préserver celles qui ne le sont pas. Les règles de gestion des nappes girondines croisent les différents réservoirs avec plusieurs secteurs géographiques, plutôt que de considérer tout le département comme une réserve uniforme.

L’Éocène a longtemps subi des prélèvements trop importants. Le maintien en bon état de l’Oligocène et du Miocène demande également de ne pas dépasser leur capacité de renouvellement. Cette gestion différenciée explique que l’abondance apparente d’eau dans un secteur ne justifie pas automatiquement d’accroître les volumes prélevés ailleurs.

La réduction des fuites et des consommations évitables agit directement sur les besoins d’eau potable. Elle prend ici un sens particulier : économiser quelques litres limite la sollicitation d’une eau qui a parfois mis des millénaires à parvenir sous Bordeaux. Les réserves souterraines se renouvellent, mais à un rythme qui ne suit ni l’ouverture d’un robinet ni celui d’une averse.

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