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Hôtel Marbotin : la dernière chartreuse d’un ancien domaine de fêtes à Bordeaux

Derrière les rues du quartier Saint-Bruno subsiste une maison basse qui appartenait autrefois à un immense domaine. L’hôtel Marbotin, construit en 1770 pour la famille Féger, est une chartreuse bordelaise typique. Ses façades, son escalier à double révolution et son jardin réduit rappellent le domaine de Vincennes, lieu de bals et de concerts très fréquenté avant l’installation de la première usine à gaz de Bordeaux.

Une chartreuse pour une famille de parlementaires et d’armateurs

Les Féger appartiennent aux élites bordelaises du XVIIIe siècle. Parlementaires, négociants et armateurs, certains membres de la famille sont également impliqués dans la traite négrière. Ils font construire en 1770 une demeure de plain-pied à l’écart du centre dense. La chartreuse associe confort urbain et esprit de maison de campagne, avec un jardin alors beaucoup plus vaste.

Le bâtiment adopte un plan rectangulaire à double façade. Un rez-de-chaussée surélevé repose sur des caves, tandis qu’un escalier extérieur à double révolution mène au palier central. Cette disposition donne de l’ampleur à une maison pourtant basse et horizontale. Elle permet aussi de mettre en scène l’arrivée depuis le parc.

Coquilles, visages et guirlandes sur la façade

La partie centrale avance légèrement entre des pilastres à refends. Au-dessus des fenêtres, des coquilles accueillent des figures féminines entourées de guirlandes. Une large corniche ceinture le bâtiment et souligne le niveau habité. Le décor anime la façade sans rompre la silhouette calme de la chartreuse, pensée pour dialoguer avec les arbres et les allées.

Les façades et toitures sont inscrites aux monuments historiques. L’intérieur reste privé, mais la composition générale demeure lisible depuis les abords lorsqu’ils sont accessibles. Le jardin actuel n’est qu’un fragment du parc ancien ; cette réduction explique le sentiment étrange d’une maison de campagne rattrapée par la ville.

Façade de l’Hôtel Marbotin à Bordeaux
L’Hôtel Marbotin conserve l’allure d’une chartreuse bordelaise, dernier témoin bâti d’un ancien domaine consacré aux fêtes. – Crédit : Wikimedia Commons

Le domaine de Vincennes devient lieu de plaisir

Sous la Restauration, le domaine de Vincennes figure parmi les établissements de divertissement appréciés des Bordelais. On y organise bals et concerts, profitant de l’espace disponible hors du cœur ancien. La chartreuse devient le témoin d’une sociabilité festive aujourd’hui presque effacée, bien avant les salles de spectacle modernes.

En 1825, une partie des terrains est vendue pour installer la première usine à gaz destinée à l’éclairage de Bordeaux. Le reste du domaine est loti à partir des années 1850 et donne naissance à un quartier populaire. La maison survit au milieu de cette urbanisation, tandis que parc, allées et bâtiments secondaires disparaissent.

Retrouver la campagne sous la ville

Les numéros 28-30 de la rue Blanchard-Latour se situent à l’ouest de la chartreuse Saint-Bruno. Pour comprendre le site, il faut observer le contraste entre la maison horizontale et le tissu urbain environnant. L’hôtel Marbotin conserve une échelle qui appartient à un autre paysage, celui des domaines périphériques du XVIIIe siècle.

La notice Mérimée de l’ancien hôtel Marbotin localise le monument et précise les éléments protégés. Le parcours municipal consacré à la mémoire de la traite aide à replacer la famille Féger dans l’histoire économique de la ville et de son port.

La promenade peut se poursuivre vers le cimetière de la Chartreuse, l’église Saint-Bruno et la place Gaviniès. Ce quartier permet de lire le passage de la périphérie rurale à la ville industrielle. L’hôtel Marbotin en constitue un jalon discret : une demeure de plaisance devenue le dernier fragment d’un domaine avalé par l’éclairage au gaz, les lotissements et les rues.

Le nom d’hôtel Marbotin ne doit pas faire oublier la famille Féger, à l’origine de la construction. Les changements d’appellation reflètent les transmissions de propriété et les habitudes documentaires. Retrouver ces différentes identités permet de suivre la demeure dans les archives et d’éviter qu’une seule période ne résume à elle seule plus de deux siècles d’histoire.

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