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Hôtel Raba : la façade du cours Victor-Hugo gardée par un satyre et deux Hercule

Au 67 cours Victor-Hugo, l’Hôtel Raba se reconnaît à son avant-corps central, ses pilastres colossaux et son balcon porté par un décor inattendu : un satyre encadré par deux figures d’Hercule. Construit vers 1745 pour un officier louvetier puis acquis par la famille Raba, l’édifice conserve des salons, un escalier sculpté et des parquets précieux qui justifient son classement intégral.

Une demeure construite avant l’arrivée des Raba

L’hôtel est élevé entre 1745 et 1750 pour François Lartigue, officier chargé de la louveterie royale. Sa position sur l’actuel cours Victor-Hugo le place près des remparts et des voies d’entrée de la ville. Le projet adopte encore le goût Régence, plus animé que la rigueur néoclassique qui s’imposera quelques décennies plus tard.

Façade de l’Hôtel Raba à Bordeaux
La façade de l’Hôtel Raba, cours Victor-Hugo, se distingue par son décor sculpté et sa puissante composition classique. – Crédit : Wikimedia Commons

En 1779, la famille Raba achète la propriété. Ces négociants et armateurs juifs d’origine portugaise appartiennent à une communauté importante dans l’économie bordelaise. Leur nom reste durablement associé au bâtiment, même si la première campagne de construction leur est antérieure. Ce changement de propriétaire illustre la circulation rapide des demeures prestigieuses entre élites locales.

Une façade conçue comme un théâtre de pierre

L’avant-corps central avance légèrement sur la rue et organise toute la composition. Des pilastres ioniques géants relient les étages, tandis que les baies cintrées, les mascarons, les guirlandes et les pots à feu enrichissent la silhouette. La verticalité donne à la façade une puissance inhabituelle dans le paysage bordelais.

Sous le balcon, les consoles sculptées mettent en scène un satyre et deux Hercule. La ferronnerie s’inspire de modèles diffusés depuis Versailles et Marly. La notice officielle de l’ancien Hôtel Raba décrit également le décor intérieur, protégé avec l’ensemble par le classement du 7 mars 1975.

Boiseries, stucs et parquet de bois précieux

Au premier étage, les anciens salons de réception conservent boiseries, stucs et un parquet associant ébène, acajou et chêne. La cage d’escalier possède un plafond sculpté. L’intérieur prolonge la richesse de la façade sans répéter exactement son vocabulaire, créant une succession d’ambiances destinées à impressionner les visiteurs.

Sous le balcon, un satyre et deux figures d’Hercule composent l’un des décors sculptés les plus singuliers des hôtels particuliers bordelais – Crédit :

Le bâtiment est une propriété privée, ce qui limite les possibilités de visite. La rue reste cependant un excellent poste d’observation. Pour ne pas manquer l’adresse dans la longue perspective du cours, on peut repérer l’Hôtel Raba au 67 cours Victor-Hugo avant de rejoindre la Grosse Cloche ou le quartier Saint-Michel.

Le meilleur moment pour détailler les sculptures

La lumière rasante souligne particulièrement les reliefs des consoles et des pilastres. Un regard frontal permet de comprendre la symétrie, puis un léger déplacement révèle l’avancée de l’avant-corps. Le décor se lit par niveaux : soubassement, balcon, ordre géant, corniche et couronnement balustré.

L’Hôtel Raba peut être comparé aux demeures plus tardives du cours d’Albret. Là où celles-ci privilégient souvent une sobriété néoclassique, il conserve un goût du mouvement, des courbes et des figures. Cette différence rend visible l’évolution du langage architectural bordelais sur seulement quelques décennies.

Le satyre et les Hercule ne sont donc pas de simples curiosités. Ils participent à une mise en scène sociale où force, abondance et prestige encadrent l’entrée. Au milieu du cours Victor-Hugo, l’Hôtel Raba affirme encore la puissance de ses anciens occupants, tout en offrant aux passants une véritable leçon d’architecture Régence.

Le classement intégral protège une relation précieuse entre façade, distribution et décors. Dans un hôtel particulier, isoler le balcon du salon ou l’escalier des appartements ferait perdre le sens du parcours. L’Hôtel Raba se comprend comme une séquence : l’entrée annonce le rang, l’escalier prépare la réception et les salons déploient les matériaux les plus raffinés. Cette continuité explique la force du monument, de la rue aux pièces privées, dans un équilibre décoratif encore exceptionnel au cœur de Bordeaux.

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