ActuDécouvrirNewsVisiter

Hôtel de Ragueneau : le rare palais Louis XIII où les archives ont vécu soixante-seize ans

Au 71 rue du Loup, l’Hôtel de Ragueneau semble suspendu entre plusieurs vies. Construit à partir de 1643, il figure parmi les rares hôtels Louis XIII conservés à Bordeaux. Chambre de justice, bureau de l’Octroi puis siège des Archives municipales de 1939 à 2015, il déploie autour de sa cour des façades sculptées et une glycine devenue presque aussi célèbre que la pierre.

Élévation principale de l’Hôtel de Ragueneau à Bordeaux
L’élévation principale de l’Hôtel de Ragueneau montre la composition de ce rare palais bordelais d’inspiration Louis XIII. – Crédit : Wikimedia Commons

Une veuve commande un hôtel à Pierre Léglise

Jeanne de Seurin, veuve de Pierre de Ragueneau, confie le chantier au maître maçon Pierre Léglise. Les travaux commencent en 1643 et se prolongent jusqu’au milieu du siècle. Le plan rassemble un corps principal et deux ailes autour d’une cour d’honneur, avec des pavillons qui avancent vers la rue du Loup.

La façade affirme le vocabulaire Louis XIII : chaînes de pierre, rinceaux, consoles, frontons courbes, boules et pots à feu. Le portail à colonnes ioniques porte une galerie qui relie les ailes. Cette richesse tranche avec l’image souvent associée à Bordeaux, dominée par les grandes compositions classiques du XVIIIe siècle.

De la chambre de l’Édit au bureau de l’Octroi

L’hôtel est loué pour accueillir la chambre de l’Édit, juridiction liée à l’application des droits accordés aux protestants. Il passe ensuite à plusieurs familles avant de devenir, en 1846, l’hôtel de l’Octroi. Les pièces privées se convertissent alors en bureaux chargés de percevoir les taxes sur les marchandises entrant dans la ville.

La commune acquiert l’édifice en 1860. La notice officielle de l’Hôtel de Ragueneau rappelle son classement partiel en 1964, portant sur les façades, les toitures, le mur de clôture et le portail. La protection reconnaît la cour comme le véritable cœur architectural de l’ensemble.

Salle des fichiers et inventaires de l’Hôtel de Ragueneau
Cette vue historique rappelle les décennies durant lesquelles l’Hôtel de Ragueneau accueillit les archives municipales de Bordeaux. – Crédit : Wikimedia Commons

Les Archives municipales derrière le portail

En 1939, les Archives municipales de Bordeaux s’installent dans l’hôtel restauré par Jacques d’Welles. Des générations de chercheurs y consultent registres, plans et documents jusqu’au transfert des collections à la Bastide en 2015. Le monument a ainsi protégé la mémoire écrite de la ville pendant soixante-seize ans.

Les archives occupent désormais un bâtiment adapté aux normes contemporaines. Le site officiel des Archives Bordeaux Métropole explique comment rejoindre la salle de lecture actuelle. Ce déménagement a libéré l’Hôtel de Ragueneau, dont l’avenir reste étroitement lié à sa valeur patrimoniale et à ses usages municipaux.

Une cour où la végétation dialogue avec la pierre

La cour a reçu au fil du temps plusieurs éléments sculptés provenant d’autres bâtiments démolis. Cette composition savante est adoucie par une glycine plantée au XIXe siècle, dont le tronc et les branches envahissent le décor. Au printemps, la floraison transforme l’architecture en scène presque végétale, très appréciée lors des ouvertures exceptionnelles.

Depuis la rue, le portail permet d’apercevoir une partie de la profondeur de l’hôtel. Il faut regarder les deux pavillons, la galerie au-dessus de l’entrée et les jeux de frontons. Le site ne se visite pas en permanence, mais certaines manifestations patrimoniales peuvent rendre la cour accessible.

L’Hôtel de Ragueneau offre une expérience différente des palais du siècle des Lumières. Ses volumes plus pittoresques, ses ornements et sa végétation racontent un Bordeaux antérieur à l’ordonnance des quais. Rue du Loup, le XVIIe siècle n’est pas une trace isolée : il forme un ensemble complet, habité par les usages successifs de la ville.

Tour de l’Hôtel de Ragueneau à Bordeaux
La tour de l’Hôtel de Ragueneau constitue l’un des éléments singuliers de cet ensemble architectural préservé. – Crédit : Wikimedia Commons

Le départ des archives a changé le silence des lieux. Là où s’alignaient autrefois les cartons et les tables de consultation, la question d’un nouvel usage se pose sans effacer la mémoire du service public. Toute réaffectation devra respecter la cour, les circulations et la glycine, organisme vivant devenu partie intégrante de l’image du monument. C’est un équilibre délicat entre conservation, ouverture et quotidien municipal, à construire avec soin.

À lire aussi : Grosse Cloche de Bordeaux : l’ancien beffroi qui fait encore battre la ville

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page