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Rue Sainte-Catherine : comment Bordeaux a chassé les voitures de son grand axe commerçant

La rue Sainte-Catherine paraît aujourd’hui indissociable de la marche. Pourtant, il y a cinquante ans, voitures, autobus et piétons se disputaient encore cette ligne de 1,25 kilomètre entre la place de la Comédie et la Victoire. Sa piétonnisation n’a pas été décidée en une fois : elle a avancé par tronçons, avec des essais, des travaux et de nouvelles règles pour les commerces, avant de couvrir toute la rue en 1984.

Dans les années 1960 et au début des années 1970, voitures, autobus et piétons partageaient encore la rue Sainte-Catherine.

Quand la chaussée occupait le centre du décor

Les images anciennes montrent une organisation devenue presque étrangère. Les véhicules roulent ou stationnent devant les vitrines ; les passants restent sur des trottoirs étroits. La rue est déjà un grand axe commercial, mais sa fonction de circulation conserve la priorité visuelle et pratique. Le piéton n’occupe pas encore toute la largeur. Traverser, regarder une devanture ou se croiser suppose de composer avec un trafic ordinaire.

Cette situation correspond à une période où les villes françaises adaptent leurs centres à l’automobile. Bordeaux aménage des axes, organise le stationnement et cherche à maintenir l’accès aux commerces. La remise en cause de ce modèle ne va donc pas de soi. Retirer les voitures d’une artère aussi fréquentée implique de déplacer des flux, de préserver les livraisons et de garantir les accès aux secours.

1976-1977 : les premiers grands tronçons changent d’usage

La transformation s’accélère en 1976 et 1977. Une partie de Sainte-Catherine est progressivement soustraite à la circulation générale et de nouvelles dalles remplacent la chaussée sur certains secteurs. La rue devient un laboratoire du partage de l’espace public. Les habitudes commerciales et les itinéraires doivent s’ajuster, tandis que les Bordelais découvrent une artère où la marche n’est plus cantonnée aux bordures.

La piétonnisation engagée en 1976-1977 a transformé la rue par étapes, sans fermer immédiatement ses 1 250 mètres à la circulation.

Le chantier ne consiste pas à poser un obstacle à chaque extrémité. Les magasins doivent continuer à recevoir leurs marchandises, certains véhicules conservent des autorisations et les services d’urgence doivent pouvoir intervenir. Cette logistique explique pourquoi une rue piétonne n’est jamais totalement vide de véhicules. Elle repose plutôt sur une hiérarchie : la marche devient l’usage principal, les autres passages sont encadrés.

1984 : toute la rue bascule

En 1984, la piétonnisation est étendue à l’ensemble de l’axe. Le changement modifie la manière de fréquenter le centre : les passants peuvent circuler sur presque toute la largeur, s’arrêter devant les vitrines et rejoindre plus facilement les rues adjacentes. La rue Sainte-Catherine devient un espace de destination autant qu’un itinéraire. Son succès commercial ne supprime toutefois ni les débats sur les livraisons ni ceux sur l’entretien et les fortes fréquentations.

Les aménagements visibles aujourd’hui sont plus récents. Le projet conduit par l’architecte Jean-Michel Wilmotte à partir du début des années 2000 a unifié le sol et le mobilier sur une grande partie du parcours. Pour replacer la rue dans l’ensemble protégé du centre, la présentation du périmètre UNESCO de Bordeaux rappelle les enjeux de conservation et de transformation de la ville historique.

Depuis 1984, l’ensemble de la rue privilégie les piétons, tout en maintenant des accès réglementés pour les livraisons et les secours.

Une histoire qui éclaire les débats actuels

La piétonnisation de Sainte-Catherine montre qu’un usage urbain peut devenir évident après avoir été vivement discuté. Les mêmes questions reviennent aujourd’hui ailleurs : accès aux commerces, place du stationnement, confort des riverains, circulation des bus et qualité de l’air. La plateforme mobilité de Bordeaux Métropole permet de suivre les solutions actuelles pour rejoindre et traverser le centre.

Regarder cette rue cinquante ans en arrière évite un récit trop simple. La ville piétonne s’est construite par décisions successives, contraintes techniques et changements d’habitudes. Sainte-Catherine n’a pas seulement perdu ses voitures : elle a changé de fonction, jusqu’à devenir l’un des lieux où Bordeaux se donne aujourd’hui à voir.

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