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Cacahuètes françaises : la filière de Nouvelle-Aquitaine triple sa surface en un an

Trente hectares de cacahuètes cultivés par quinze agriculteurs : en un an, la nouvelle filière du Sud-Ouest a triplé sa surface. L’an dernier, elle débutait avec cinq exploitants sur dix hectares. Derrière cette progression rapide, la coopérative Océalia et l’entreprise Menguy’s cherchent à construire une chaîne française, du champ à l’apéritif. Le pari reste modeste en volume, mais il révèle une voie de diversification pour des fermes de Nouvelle-Aquitaine.

En Nouvelle-Aquitaine, quinze agriculteurs cultivent cette année trente hectares de cacahuètes, contre cinq exploitants et dix hectares lors de la campagne précédente.

Filière cacahuète : une croissance encore expérimentale

À première vue, 30 hectares ne pèsent pas lourd dans le paysage agricole régional. Pourtant, ils marquent un changement d’échelle pour une culture encore peu répandue en France. La campagne 2026 rassemble trois fois plus d’agriculteurs que celle de 2025. Céréaliers, éleveurs et viticulteurs participent à l’expérience : leur point commun n’est pas une production d’origine, mais la recherche d’une culture supplémentaire à insérer dans leur exploitation.

L’aventure n’est pas née dans un bureau. Elle s’appuie notamment sur le travail de la Ferme Darrigade, dans les Landes, dont l’expérience a précédé la structuration de la filière. En 2025, les premières parcelles mises en place avec Océalia se situaient en Poitou-Charentes. Menguy’s retrace les premières étapes de cette production française, semée par cinq adhérents de la coopérative avant une récolte à l’automne.

Le modèle repose sur une répartition nette des tâches. Les agriculteurs cultivent l’arachide ; Océalia organise ensuite la récolte et le séchage. Les graines gagnent enfin les ateliers de Menguy’s, à Mazamet, dans le Tarn, pour être grillées et salées. La valeur de cette organisation tient moins au caractère insolite de la cacahuète qu’à l’existence d’un débouché identifié avant que les surfaces ne s’étendent.

La filière associe culture, récolte et séchage par Océalia, avant la transformation des graines dans les ateliers de Menguy’s à Mazamet.

Du champ aux ateliers, une chaîne déjà organisée

Pour les exploitants, la plante présente aussi un intérêt agronomique. L’arachide appartient à la famille des légumineuses, capables de capter l’azote de l’air grâce à leur association avec des bactéries du sol. Les travaux de l’Inrae sur les légumineuses rappellent que cette propriété peut réduire le recours aux engrais azotés et diversifier les rotations. Elle ne dispense pas, à elle seule, de mesurer les autres impacts de la culture.

Dans le cas de la cacahuète, les promoteurs de la filière mettent également en avant la possibilité d’un désherbage mécanique et une pression sanitaire limitée. Ces arguments comptent dans le choix des parcelles, mais ne suffisent pas à conclure que toutes les exploitations gagneraient à en planter. Sols, climat, matériel, récolte et séchage imposent une maîtrise technique. Le triplement des surfaces reste donc une phase de développement, pas une généralisation.

Une question économique demeure ouverte : combien cette nouvelle culture rapporte-t-elle réellement à ceux qui la produisent ? Les informations communiquées à ce stade ne donnent ni prix payé aux agriculteurs ni revenu par hectare. Sans ces données, impossible de juger la rentabilité de la diversification. La présence de quinze producteurs montre un intérêt croissant ; elle ne démontre pas encore que le modèle puisse se déployer partout dans les mêmes conditions.

L’arachide peut diversifier les rotations agricoles, mais la rentabilité de cette nouvelle production pour les exploitants reste à documenter précisément.

Le défi de la rémunération et du changement d’échelle

Océalia et Menguy’s affichent pourtant un cap beaucoup plus lointain : dépasser 2 000 tonnes de cacahuètes françaises et réunir une centaine d’agriculteurs partenaires à l’horizon 2030. Il s’agit d’un objectif, non d’un volume déjà atteint. Le passage de 10 à 30 hectares en un an constitue un premier test de croissance ; les prochaines récoltes diront si la qualité, les rendements et les débouchés suivent.

Pour la Nouvelle-Aquitaine, l’intérêt de cette histoire dépasse la curiosité d’un champ d’arachides. Elle montre comment une coopérative et un transformateur peuvent bâtir ensemble une filière autour d’une production encore marginale. Reste à vérifier, saison après saison, ce que cette progression change pour les fermes qui s’y engagent. La cacahuète française a franchi une étape. Elle n’a pas encore gagné son pari industriel.

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