La coopérative girondine Tutiac engage un plan de transformation pour adapter ses vins et ses coûts à l’évolution des marchés. Baptisé Cap 2030, il comprend quatorze projets, depuis le travail dans les vignes jusqu’à la commercialisation. Le rouge représente désormais la moitié de ses volumes, à égalité avec l’ensemble blanc et rosé. Ce rééquilibrage concerne un collectif de 400 vignerons, dont les exploitations couvrent environ 4 000 hectares.
Cap 2030, une réorganisation pour Tutiac
Les chiffres donnent la mesure du chantier. Tutiac rassemble 150 châteaux, produit environ 30 millions de bouteilles par an et emploie 175 salariés. Son chiffre d’affaires a atteint 130 millions d’euros en 2025. À cette échelle, modifier les vins produits implique de faire évoluer simultanément les plantations, les équipements, les méthodes de travail et les débouchés commerciaux.

Le plan ne repose donc pas sur une seule nouvelle cuvée. Ses quatorze projets portent sur l’organisation de la coopérative et sur la maîtrise des coûts, avec des évolutions des procédés et des outils numériques. L’objectif affiché consiste à rapprocher la production de la demande, dans une filière bordelaise longtemps structurée autour de volumes importants de vin rouge.
Tutiac s’appuie sur un modèle de propriété collective. Le fonctionnement coopératif des vignerons attribue une voix à chaque adhérent ; la rémunération tient compte des apports. Les décisions engagent ainsi des exploitations différentes, réunies au sein d’une même entreprise pour vinifier, assembler et vendre leurs récoltes.
Le rouge partage désormais les volumes avec le blanc et le rosé
Le mouvement le plus visible concerne les couleurs. Les vins rouges représentent aujourd’hui 50 % des volumes, tandis que les blancs et les rosés composent ensemble l’autre moitié. Cette distinction compte : elle ne signifie pas que le blanc, à lui seul, occupe déjà la moitié de la production. Le changement traduit néanmoins un déplacement marqué de l’équilibre historique.

Le vignoble doit suivre cette évolution commerciale. Tutiac travaille notamment sur des plantations et des choix de production davantage tournés vers les blancs, alors que le merlot reste associé à une part importante du patrimoine bordelais. Une telle adaptation s’inscrit dans plusieurs campagnes : la décision de planter n’a pas les mêmes délais que le lancement d’une référence en rayon.
Le changement climatique intervient dans ces arbitrages. La coopérative conduit des essais sur le feuillage, les sols et les dates de récolte pour faire face à la chaleur. Elle présente aussi quarante hectares de cépages résistants aux maladies, aux côtés de surfaces conduites en agriculture biologique ou engagées dans cette conversion. Ces expérimentations accompagnent la transformation du vignoble plutôt qu’elles ne la remplacent.

La commercialisation repose sur deux ensembles de taille comparable. Une moitié de la production est vendue en vrac au négoce, l’autre sous les marques de la coopérative. Le premier débouché dépend des achats des négociants ; le second suppose de développer des références, leur distribution et leur visibilité auprès des clients français ou étrangers.
La marque Tutiac enregistre une progression de ses volumes en grande distribution, annoncée à 25 %. La coopérative vise un million de bouteilles pour cette marque et fixe également des ambitions à Lion & Lily à l’export. Ces chiffres décrivent des objectifs commerciaux pour les prochaines étapes du plan, et non des ventes déjà acquises.
Les jeunes adhérents doivent participer à ces choix à travers un conseil réuni en amont du conseil d’administration. Leur implication touche directement la suite : renouveler les plantations, engager des investissements et construire des débouchés revient à dessiner les exploitations qu’ils auront à conduire. Le programme 2030 place cette question de transmission dans les mêmes discussions que les volumes et les coûts.
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